Je n'avais pas fait de recherches. C'est ma première erreur, et la plus bête. J'avais trouvé cette ferme par une affiche dans un hostel à Cairns — "Farm workers needed, accommodation available, 88 days eligible". J'ai appelé le numéro, on m'a dit de venir le lundi. J'y suis allé.
La ferme se trouvait à deux heures de route de Cairns, dans une zone sans réseau téléphonique. La voiture d'un autre backpacker avait accepté de m'emmener. Quand on est arrivés, le contraste avec ce qu'on nous avait vendu au téléphone était immédiat. "Accommodation available" voulait dire quatre caravanes alignées dans un champ, avec une douche extérieure pour vingt personnes.
Le travail
On cueillait de la mangue. Dix heures par jour, parfois plus, sous une chaleur qui dépassait régulièrement les 38 degrés. Le patron, un homme d'une soixantaine d'années prénommé Gary, avait deux modes : soit il n'était pas là, soit il hurlait. Pas contre quelqu'un en particulier. Juste dans le vide, en nous regardant travailler.
Le salaire était au rendement — au kilo cueilli. Sur le papier, ça pouvait paraître intéressant. En réalité, les arbres que Gary nous assignait en début de saison étaient les moins chargés. Les plus expérimentés, ceux qui restaient depuis longtemps, avaient les meilleurs secteurs. On le comprendrait seulement au bout de deux semaines.
On touchait environ 16 dollars de l'heure, charges comprises. En dessous du minimum légal pour du travail en casual. Mais personne ne le disait. On était tous un peu perdus, fatigués, et soulagés d'avoir des jours qui comptaient pour le visa.
Le moment où j'ai compris
C'est une Allemande prénommée Hanna qui m'a ouvert les yeux. Elle avait travaillé dans trois fermes avant celle-ci, elle connaissait ses droits. Un soir, après le dîner, elle a sorti son téléphone et m'a montré le site Fair Work Australia. Le taux horaire du Horticulture Award, le minimum légal pour notre type de contrat. On était en dessous.
"Tu ne vas pas te plaindre ?" je lui ai demandé.
"Non. Mais je pars dans deux semaines et je n'ai pas recommandé cet endroit à une seule personne. C'est comme ça que ça marche."
Elle avait raison sur quelque chose : dans ce monde-là, la réputation circule vite. Et les mauvais employeurs finissent par se retrouver seuls avec des travailleurs sans expérience qui ne savent pas encore ce qu'ils valent.
Pourquoi je suis resté six semaines
J'avais besoin des jours. C'est aussi simple que ça. À ce stade de mon PVT, j'avais 41 jours comptabilisés sur les 88 dont j'avais besoin pour renouveler mon visa. Cette ferme en ajoutait. Partir, c'était recommencer à chercher, perdre du temps, peut-être ne pas trouver avant la fin de la saison.
Alors j'ai fait ce que beaucoup de backpackers font dans cette situation : j'ai serré les dents. J'ai appris à travailler plus vite. J'ai discuté avec les gens autour de moi pour comprendre comment négocier les meilleures zones de cueillette. Et surtout, j'ai gardé tous mes payslips, chaque semaine, sans exception.
Ce que cette ferme m'a donné
Quand je suis parti, j'avais 88 jours. Pile. Je n'en revenais pas moi-même. Et j'étais différent. Pas enduci au sens où certains l'entendent — je n'avais pas perdu ma sensibilité. Mais j'avais appris à négocier, à repérer les red flags avant de m'engager, à connaître mes droits, à garder mes documents.
La ferme suivante que j'ai choisie, je l'ai vérifiée sous tous les angles avant d'y mettre les pieds. J'avais contacté des backpackers qui y avaient travaillé. J'avais vérifié le taux horaire. J'avais posé des questions sur le logement avant d'accepter.
C'est ça que ma pire ferme m'a appris : comment choisir la suivante.
Les red flags à repérer avant de signer
- •Le taux horaire n'est pas mentionné clairement avant l'arrivée
- •Le logement est "inclus" mais sans détail sur le prix ou les conditions
- •Impossible de trouver des avis d'anciens travailleurs
- •La ferme est accessible uniquement en voiture, sans alternative
- •On te presse de décider sur le moment, sans te laisser le temps de réfléchir