Road to PVT
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Témoignage10 min de lecture·Février 2025

Je suis partie seule à 22 ans — ce que je n'avais pas anticipé

Tout le monde m'avait dit que c'était dangereux. Que c'était risqué pour une fille seule. Que j'allais regretter. Personne ne m'avait dit ce que j'allais vraiment vivre — ni dans quel sens.

J'avais 22 ans, un visa working holiday et aucun ami pour m'accompagner. Tout le monde dans mon entourage avait une bonne raison de ne pas pouvoir partir. Alors j'y suis allée seule. Avec une valise trop lourde, un plan vaguement défini et la certitude que j'allais soit vivre la meilleure expérience de ma vie, soit rentrer dans un mois.

Ce que personne ne m'avait expliqué, c'est que partir seule et voyager seule, c'est deux choses différentes. Partir seule, c'est juste prendre l'avion sans personne à côté. Voyager seule, c'est un état d'esprit qui s'apprend. Et les premières semaines, je n'avais pas encore cet état d'esprit.

La solitude que je n'avais pas prévue

Je m'attendais à être seule les premiers jours. Ce que je n'avais pas anticipé, c'est le type de solitude que j'allais ressentir. Pas la solitude de quelqu'un qui est isolé — dans les hostels, on est entouré de gens en permanence. Mais la solitude de quelqu'un qui ne peut pas partager vraiment ce qu'elle vit. Qui rentre le soir après une journée incroyable et n'a personne à qui raconter.

Les appels avec ma famille aidaient, mais ils avaient aussi une limite. Au bout d'un moment, expliquer l'Australie à des gens qui n'y ont jamais mis les pieds, ça se perd en chemin. Les mots ne suffisent pas. Et j'ai compris, à ce moment-là, pourquoi tant de voyageurs solo finissent par voyager en groupe.

Ce que j'ai appris sur les fermes

Quand j'ai commencé à chercher du travail agricole pour mes 88 jours, j'ai réalisé que le fait d'être une femme changeait certains paramètres. Pas tous. Pas de manière dramatique. Mais ça changeait.

Certaines fermes étaient mixtes et bien gérées. D'autres avaient des logements séparés selon les genres — une bonne chose en général. Et dans quelques rares cas, j'ai senti une atmosphère qui ne me convenait pas et j'ai décliné. Ce n'est pas de la paranoia. C'est de l'instinct, et l'instinct mérite d'être écouté.

Ce que j'ai trouvé dans les bonnes fermes, par contre, était inattendu. Une forme de solidarité féminine très forte. Des femmes de tous horizons — Taïwan, Allemagne, Mexique, France — qui s'entraidaient naturellement. Qui s'avertissaient sur les mauvais employeurs, partageaient les contacts des bonnes fermes, se prêtaient du matériel.

Le moment où tout a basculé

Il y a un soir dont je me souviens précisément. J'étais dans une ferme en Nouvelle-Galles du Sud, à la cueillette de bleuets. On venait de finir une longue journée, et une dizaine d'entre nous s'étaient installées sur les marches de la cantine avec des bières achetées au supermarché du village. Il faisait encore chaud. Quelqu'un avait branché une enceinte bluetooth.

J'ai regardé autour de moi. Des filles de six pays différents. Trois langues qui se mélangeaient. Des rires. Et moi, au milieu, parfaitement à ma place. Ce soir-là, j'ai compris que je n'étais plus "partie seule". J'avais juste pris un peu plus de temps que les autres pour trouver ma tribu.

Ce qu'on ne dit pas aux filles qui partent seules

On leur dit de faire attention. D'avoir peur. De ne pas sortir seules le soir. D'éviter certains endroits. Ce sont des conseils utiles, et je ne les ignore pas. Mais personne ne leur dit que partir seule développe une confiance en soi qu'on ne peut pas acquérir autrement. Que prendre des décisions seule — où aller, quelle ferme choisir, quand partir — forge quelque chose.

Je suis rentrée en France un an et demi après mon départ. Pas la même. Pas parce que j'avais traversé des épreuves extraordinaires — mon PVT était somme toute assez ordinaire. Mais parce que chaque petite décision avait été la mienne. Et qu'à force de décider, j'avais appris que j'étais capable.

Conseils pratiques pour partir seule

  • Rejoins des groupes Facebook de backpackers francophones avant de partir — tu trouveras des contacts
  • Dans un hostel, les dortoirs mixtes ne sont pas obligatoires — demande un dortoir féminin si tu préfères
  • Vérifie les avis des fermes par d'autres femmes qui y ont séjourné — les expériences peuvent différer
  • Fais confiance à ton instinct — si une situation ne te convient pas, partir n'est pas une faiblesse
  • La solitude des premières semaines est normale et temporaire — elle passe